Expositions

Ces corps sous la couleur : Monia Touiss, Abdelaziz Haounati, Salah Benjkan et Issam El Ouardassi

Publié le : 05/10/2020 - Mohamed Ameskane // Sortirmag.ma


Du 14 septembre au 28 octobre 2020
Alyss’art Gallerie, Rabat



Monia Touiss, Abdelaziz Haounati, Salah Benjkan et Issam El Ouardassi. Quatre artistes de la scène nationale à l’accrochage inaugurale du nouvel espace artistique, Alyss’art Gallerie. A ne pas rater « Ces corps sous la couleur », du 14 septembre au 28 octobre 2020.

Dans les parages du Musée Mohammed VI d'Art Moderne et Contemporain se sont créés des espaces, inspirés de son installation ou dédié à l'art. Je pense au café Museum, à l'hôtel du musée, aux galeries Kulte, le Cube et enfin Alyss'art. Cette dernière est le fruit de l'imaginaire de l'artiste Issam El Ouardassi. Il en a conçu l'architecture, l'aménagement et les meubles. Un design minimaliste qui met en valeur les œuvres. Au rez-de-chaussé de la rue Benghazi, à deux pas de la Place MoulayHassan, toujours appelée hélas Pietri, s'est ouvert le nouveau lieu indépendant dédié à la création, à la production et au développement des pratiques artistiques modernes et contemporaines. Il se veut aussi espace culturel ouvert à toute activité musicale et littéraire, ainsi qu'une résidence de création. Pour son baptême de couleurs, il nous convie à l'appréciation des œuvres de quatre artistes aux différents parcours et choix esthétiques.

Ces Corps Sous La Couleur
Kaoutar Chaqchaq présente l'accrochage dans une note introductive soulignant que « Ces plasticiens, de formation et de sensibilités différentes, réunissent ici des œuvres qui témoignent d'un positionnement assumé vis-à-vis du champ contemporain de la peinture. Alors que beaucoup avaient décrété la mort de la représentation figurative, Issam El Ouardassi, Salah Benjkan, Monia Touiss et Abdelaziz Haounati refusent de se tenir d'un côté ou de l'autre du clivage entre figuration et abstraction. »

En quelques lignes tout est dit. Le débat figuration/abstraction est-elleencore d'actualité ? Au niveau international, ainsi depuis quelques années, il est tout simplement caduc ! La peinture ne se définit plus dans ces termes et la figuration connait un retour fulgurant. A déambuler autour des cimaises d'Alyss'art Galerie, on est ébloui par les styles, les techniques, les thématiques et les recherches plastiques. Certes l'expo à un fil conducteur : Une figuration abstraite ou une abstraction figurative avec le corps, le visage et les regards, au centre des préoccupations des quatre mousquetaires.

On ne présente plus Monia Touiss. Native de Tétouan, il étudie, travaille et expose entre l'Espagne et le Maroc. Dans cette exposition, elle nous offre des portraits esquissés. Des dames et des hommes qu'on cherche à identifier sans résultat ! Elle leurs donne des titres énigmatiques. A les scruter on croit reconnaître pas des personnes mais des styles. Des citations ou empreint à l'histoire de l'art international. Admirons la touche ! Les couleurs ! Cette répartition des lumières ! Tout est dans la suggestion. Et le portrait fut. A nous de le nommer !

Abdelaziz Haounati, né en 1986 dans un village à proximité de Tiznit, nous convie à son univers original. Après des études à Essaouira, des recherches alliant art et philosophie, il finit par se trouver un style. Une figuration inspirée des arts graphiques, du street art et de la bande dessinée, il n'expose hélas que deux toiles. Dans des tons chauds, il y figure des foules « perdu » dans l'enceinte d'une gare routière ou sous les toits d'un monastère. On a du mal à identifier leur identité ! Des regards égarés, des pas sans but... Ne peint –il n'a pas la condition de l'homme dit moderne ou la foule solitaire ?

Salah Benjkan, né à Marrakech en 1968, est Lauréat de la Fondation Wafabank en 1993. Prix de la jeune peinture marocaine en 1995, Salah est à la fois Peintre, graveur, enseignant, militant de la chose, de l'art et activiste culturel. Après sa résidence à la cité internationale des arts de Paris en 2000 et un séjour en Espagne, il s'installe dans sa ville natale combinant entre enseignement et création. Son style est reconnaissable par cette chatoyante palette, ces personnages ludiques, l'ensemble évoque ses observations de la vie quotidienne, ses voyages et ses préoccupations esthétiques. Ses toiles chantent. Elles chantent à la fois l'Etre et dame nature. Une sorte d'écologie picturale. Les figures se confondent avec des fleurs ou des fruits. On admire l'ensemble qui vibre avec une dimension humoristique sinon ironique ! L'enfant de Jemaâ ElFna sait de quoi il parle. Pardon de quoi il peint !
 
Enfin on arrive aux œuvres de l'hôte, Elouardassi Issam Eddine. C'est lui qui nous a réuni cette « lemma » inaugurant ce nouvel espace qui vient enrichir l'offre culturelle de Rabat, ville lumière et capitale culturelle du royaume. Né à Maaziz, un petit village à côté de la ville de Khemissat, l'artiste à des origines du côté de Chichawa. Après un cursus à Essaouira, il parcoure villes et pays du monde, France, Belgique, Espagne, Luxembourg...Maitrisant les techniques, les styles, il finit par en choisir un. Style dédié au corps, à la figure. Des silhouettes esquissées qui se battent dans la quotidienneté. Des femmes et des hommes aux longs coups, aux têtes stylisées qui se regardent sans se voir. Bref une peinture scripturale.

Pour conclure, je dirais que l'expo, comme tout acte pictural, n'a pas besoin de discours. Mon regard n'est qu'une lecture parmi d'autres. Et rien ne peut remplacer la visite, question d'admirer des œuvres réelles au temps du confinement et du virtuel. A vos regards !