ACTU & SOCIÉTÉ

Amine Asselman à l'Espace Rivages : Du Zellige au vertige !

Publié le : 02/02/2023 - Mohamed Ameskane - Sortir Mag


Amine Asselman, Marocain résident à l'étranger, en Espagne, débarque à l'Espace Rivages avec "Du Zellige à l'infini".
Accrochage à ne pas rater.



Les expositions de l'Espace Rivages se succèdent et ne se ressemblent pas. Depuis son inauguration par la Fondation Hassan II pour les Marocains Résidents à l'Etranger, la galerie du 67, Boulevard Ibn Sina d'Agdal à Rabat nous convie à l'appréciation des talents et palettes des artistes marocains... du monde.
Du 19 janvier au 18 février 2023, c'est le tour de Amine Asselman d'y étaler ses œuvres, pour notre grand plaisir. Un univers que résume l'accroche de l'entretien que l'artiste a accordé à Fatiha Amellouk, Chargée du Pôle Art & Culture et Communication, Fondation Hassan II Pour les Marocains Résidant à l'Etranger. On lit : "Pour Amine Asselman, le zellige est un champ de création contemporaine qui constitue le pilier de sa démarche artistique. A travers une recherche minutieuse et l'exploitation de plusieurs compositions géométriques, l'artiste conçoit une structure musicale en mosaïques."
Le zellige comme référent, comme signe identitaire, comme muse inspiratrice. Pour saisir et la démarche, le processus et le résultat créatif, il faut décortiquer le parcours du jeune tétouanais, son cursus, ses interrogations esthétiques et existentiels. Le dossier de presse, ficelé, ainsi que la plaquette éditée à l'occasion nous y aide amplement. Le texte de Philippe Guiguet Bologne, Vertigo, évoque la généalogie et l'archéologie du processus créatif. Il insiste sur l'Andalousie, creset de civilisations et havre de paix, symbiose entre les trois religions du livre. Tétouan, ville d’apprentissage initiatique et fond imaginaire, est la petite Grenade. Ce paradis perdu qui hantent les nuits insomniaques des descendants des andalous et autres mauresques. Amine Asselman n’échappe pas à cette "identité", à ces racines, à cette nostalgie. Il le clame à haute voix, "dès le premier moment où j'ai décidé de l'aborder il y a dix ans, le zellige signifiait pour moi, et signifie encore, une sorte de puzzle. Un jeu géométrique plein de connotations qui ont un rapport direct avec mon identité et avec le territoire où j'ai grandi."

Processus d'une macération
Amine Asselman, de par sa naissance à Toulouse en 1989, ses années d'études à Tétouan, où il obtient une licence en Beaux-Arts à l’Institut National des Beaux-Arts de Tétouan en 2013, et son cursus universitaire, clôturé par un doctorat en création et recherche en art contemporain de la Faculté des Beaux-Arts de Pontevedra, Université de Vigo à Pontevedra en Espagne, reste un plasticien qui transcende les frontières. De là l'originalité et la pertinence de sa démarche. Partir du socle identitaire pour s'ouvrir sur l'universel.
Toujours dans l'entretien accordé à Fatiha Amellouk, il insiste sur cet élément décoratif et plein de sens cher à la civilisation maroco-andalouse : "Le zellige représente le pilier de ma démarche artistique. D’ailleurs dans ma thèse doctorale où j’analyse l’influence du zellige dans la création contemporaine entre l’Espagne et le Maroc, j’ai aussi développé ma propre méthode pour générer une infinité de figures géométriques que j’utilise pour créer des compositions inédites qui par la suite donnent naissance à mes créations."
A contempler les œuvres accrochées aux cimaises de l'Espace Rivages (papier gravé en laser et peinture, sculptures murales en zellige, carreaux de ciments pigmentés, dessins numériques, impression numérique sur papier, photomontages....) on plonge dans le laboratoire de l'artiste. Et on se pose la question suivante : S'agit-il d’œuvres achevées ou d'esquisses, de projets créatifs ? Travaillant entre "entre l’art et le design, entre l’artistique et le fonctionnel." l'artiste vacille entre les deux.  Et réfléchi sur le zellige, son histoire, sa géométrie, son esthétique, ses fonctions utilitaires et jouissives.  Et pourquoi pas ses références à l'art islamique en général, à la religion, à sa dimension spirituelle et transcendantale.
Amine Asselman, pour bien saisir l'objet de son inspiration, s'est initié au processus de la fabrication du zellige. En artisan céramiste, il confectionne ses propres formes en argile, les découpe, les colore...et cherche à leur donner sens au-delà de leur fonction primaire : "Il y a des formes auxquelles j'attribue des caractéristiques purement sonores et musicales en me basant sur la représentation des fréquences et d'autres qui me mènent vers des associations figuratives et narratives." Et l'artiste convie l’architecture, les mathématiques et la musique dans son processus créatif.
A scruter cet imaginaire créatif, en ébauche, en devenir, en projets pour des créations monumentales, le plaisir esthétique et jouissive ne nous fera pas oublier les préoccupations d'Amine Asselman. Artiste "engagé", à sa manière, les sujets d'actualités tél l'émigration, le climat et autres font partie, reviennent en leitmotiv dans son univers.
Dans le monde chaotique d'aujourd'hui, avec ses guerres, ses misères, ses replis identitaires, l'évocation de la symbiose d'al Andalus, est, au-delà de l'artistique, un plaidoyer pour l'ouverture sur l'Autre, pour le vivre ensemble.