ACTU & SOCIÉTÉ

Abbès Saladi au musée Bank Al-Maghrib : Un imaginaire flamboyant !

Publié le : 18/02/2021 - Sortir - Mohamed Ameskane


C’est à une grande première que nous convie le musée Bank Al-Maghrib : la rétrospective consacrée à Abbès Saladi. 
Évènement à ne pas rater ! (du 18 février au 30 juin 2021)



Depuis sa création et sa rénovation, le Musée Bank Al-Maghrib de Rabat ne cesse de célébrer la culture et la scène artistique nationale. Comment oublier, entre autres, les hommages rendus à Jilali Gharbaoui en 2012, Mohamed Kacimi en 2013 et Miloud Labied en 2017 ?  Et ça continue avec Abbès Saladi, évènement présenté par le wali, Monsieur Abdellatif Jouahdri par ces mots : « Cette exposition hommage et cet ouvrage que nous vous dévoilons, représenteront, je l’espère, un moment fort de célébration et de commémoration de l'un des plus prestigieux génies artistiques marocains ».

Une soixantaine d’œuvres, dont quelques-unes montrées pour la première fois, des archives inédites, des carnets, des livres illustrés par l’artiste, des affiches et autres objets fétiches personnels…l’ensemble rehaussé de photos, de revue de presse et de vidéos nous donne à voir une œuvre qui se refuse à toute classification. Avec une scénographie adéquate, le parcours est décliné en trois étapes : « Illumination poétique (fin des années 70) », « Envol visionnaire (1980-1985) » et « La consécration (1986-1992) ».

Né en 1950, nommé Abbès en référence à l’un des sept patrons de la cité rouge, Abou Al Abbas Sebti, Saladi est orphelin de père, coiffeur de son métier, à l’âge de trois ans. Sa mère le confie à un oncle à Casablanca. Ce dernier tient une gargote où l’on sert du poisson frit. Abbès l’aide dans son commerce. Loin d’être considéré comme un membre de la famille, il se réfugie dans les études, cours du soir, jusqu’à l’obtention du bac en 1972, ainsi que d’un DEUG de philosophie en 1976.

Sa santé psychique se fragilise. On l’interne à l’hôpital Razi de Salé. « Là l’envie de peindre le saisit. Il obtient de sa mère, qui lui rend visite, du papier et de la gouache. » écrit le critique Farid Zahi. De retour à Marrakech, il s’installe chez sa sœur Hlima et se consacre à sa passion dévorante. Taciturne, solitaire, il trouve refuge dans la création. Ses premières toiles sont exposées et vendues par sa sœur sur la place Jamaa El Fna. Il déclare, au cours d’un entretien avec Tania Bennani Smires, « cette expérience m’a apporté peu d’argent mais elle m’a encouragé à continuer à peindre. » Sa première exposition est organisée à la bibliothèque de l’American langage center en 1978 grâce à son directeur qui a remarqué son travail. En 1979, il rencontre Pauline de Mazières qui l’intègre au groupe de la galerie l’Atelier à Rabat. Un peintre dans le vent qui se vend.

Saladi, qui succomba suite à une maladie nous lègue une œuvre à la thématique originale. Inspirée de la ville ocre, elle nous propose un monde surréaliste de rêves inconscients, hantés de personnages hybrides, de minarets, de coupoles, d’oiseaux et d’une végétation luxuriante. Des scènes très BD de l’univers des amuseurs publics de la place des miracles.

Abbès Saladi s’est éteint, à l’instar de l’une des bougies qui hantent son imaginaire créatif, le dimanche 6 septembre 1992. Il avait 42 ans. Un destin brisé !