ACTU & SOCIÉTÉ

Ikram Kabbaj ouvre le bal… de la biennale !

Publié le : 08/08/2019 - Sortir : Mohamed Ameskane


Mercredi 7 août 2019. Un  après-midi estival. Les passants à proximité du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain sont médusés.  La sculpteuse Ikram Kabbaj, connue et reconnue, installe ses créations sur les jardins gazonnés du musée. Un gros camion les a embarquées et transportées en provenance de son atelier de Marrakech. 



Accompagnée de ses assistants, des équipes du musée, avec à leur tête son directeur Abdelaziz Elidrissi qui n’hésite pas à mettre la main à la pâte, elle supervise l’opération qui se déroule avec beaucoup de précaution. La manœuvre est délicate. Les œuvres pèsent pas moins de cinq tonnes. Aucun faut pas n’est permis. Elles sont de marbre et il faut être de marbre pour les déposer, avec délicatesse, sur leurs piédestaux prédestinés.  Une fois l’opération réussie, l’artiste distribue, à défaut de champagne, des figues noires et fraîches aux intervenants, aux passants, aux agents de sécurité et  au policier de la circulation.

La Fondation Nationale des Musées du Maroc et le Musée Mohammed VI d’Art Moderne et Contemporain ont fait la commande à l’artiste  dans le cadre de la première biennale de Rabat  dont l’ouverture officielle est prévue pour le 24 septembre 2019.  Si la biennale, comme toutes les biennales à travers le monde, pas moins de 150, sont des grands moments artistiques hélas  éphémères, les installations de la sculpteuse marocaine Ikram Kabbaj s’installent à Rabat pour toujours. Elles viennent rejoindre  le guerrier Massaï d’Ousman Sow.  Très prochainement c’est le cheval de Botero,  artiste- sculpteur colombien et international, qui sera exposé sur le parvis du musée pendant quatre ans. On parle d’une œuvre d’un autre artiste marocain qui s’implantera à proximité…Affaire à suivre. Ces sculptures, internationales et nationales,  sont une invitation   à la visite. Qui oubliera le pouce de César qui y’a fait, et de quel manière, la promotion du monument ouvert en 2014 ? Bienvenu au MMVI !

Depuis au moins trois ans que l’artiste s’attaque à sa nouvelle thématique. Un travail sur le marbre marocain en provenance de la région de Khénifra. En 2016, elle nous a convié à une exposition « intimiste » avec des « petites » pièces à l’Atelier 21 de Casablanca. Dans le catalogue, publié à l’occasion,  l’universitaire libanais Charbel Dagher écrit qu’ « Ikram Kabbaj ne taille pas des formes, mais les crée de part en part. Des formes entièrement nouvelles qui frappent irrémédiablement le regard par leur singularité. Elles sont l’œuvre de la pierre et de l’entêtement de l’outil, d’une conception sans cesse en acte. »  Au fil des ans, son style se dépouille à la quête de l’essentiel. On l’imagine en plein travail elle qui dit que « sculpter c’est entrer en transe ». Sélectionner un bloc brut de marbre, le dégraisser pour esquisser une ébauche et passer au polissage. Le résultat est devant nos yeux. Des formes éblouissantes qui renvoient aux origines de l’humanité. Des menhirs, chers à Astérix et Obélix,  naturels ou sculptés, des stèles funéraires ou glorifiant je ne sais quel événement mémoriel… A admirer les trois pièces, à essayer d’en déchiffrer les énigmes formelles et chromatiques oscillant entre le gris et le noir…A scruter ces signes renvoyant à je ne sais quelle écriture…On reste coi ! Que nous raconte la trilogie d’Ikram ? L’univers spirituel, soufi, transcendantal ? L’artiste est fasciné par la Chine, l’empire du silence. Après maints voyages, elle y a installé récemment une sculpture en acier  nommée «la rose du désert ». Elle y retourne la semaine prochaine pour y implanter une autre, cette-fois ci en granite. L’influence  du Yin et du Yang,  du Taï Chi, L’ultime Suprême ou le Grand Art reste probable ? Qui dit philosophie chinoise, dit mystique, qu’elle soit juive, chrétienne ou musulmane. Bref la quête de l’harmonie, de la paix dans l’union de l’Un…Ibn Arabi n’est pas loin !

« Mon cœur est devenu capable
D’accueillir toute forme.
Il est pâturage pour gazelles
Et abbaye pour moines !
 
Il est un temple pour idoles
Et la Ka’ba pour qui en fait le tour,
Il est les tables de la Thora
Et aussi les feuillets du Coran !
 
La religion que je professe
Est celle de l’Amour.
Partout où ses montures se tournent
L’amour est ma religion et ma foi. »


La biennale ne s’ouvre que le 24 septembre 2019. L’installation de l’œuvre d’Ikram Kabbaj est loin d’être finie. Elle n’est pas encore nommée. En l’admirant je pense à « Attoulatia al moukadassa » (la trilogie sacrée)  d’Oum kalsoum, l’invitée d’honneur de la biennale !
Il y’a « le Quatuor d’Alexandrie » de Lawrence Durrell, « la trilogie du Caire » de Neguib Mahfoud…Pourquoi pas « la trilogie de Rabat » d’Ikram Kabbaj ?
 
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Ikram Kabbaj : Une passion nommée sculpture


Née à Casablanca, Ikram Kabbaj passa  son enfance entre la cité-musée d’Art Nouveau et la campagne environnante avec ses espaces infinis. Passionnée d’arts, elle s’inscrit aux beaux arts de Casablanca, formation qu’elle consolide en suivant son cursus à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris. Envoutée  par l’art et la manière de palper l’argile, souvenirs d’enfance campagnarde, elle décide de se consacrer à la sculpture. Aucune matière n’échappe à la curiosité d’Ikram, l’argile et la terre cuite, la céramique, le ciment,  les fibres de verre, le bois, le  fer forgé et au marbre. Exposant depuis les années 80, qui ne se souvient pas de ses tableaux sculptés, notamment de l’exposition mémorable chez Nawal Slaoui à la défunte galerie Meltem ?

En militante pour l’intégration de la sculpture dans les espaces publiques, Ikram Kabbaj  initia le fameux symposium international   dotant nos villes d’œuvres monumentales et internationales.  Et Ikram continue sa route avec, comme boussole, sa feuille de route. Après sa   « rose du désert » chinois,  ses sculptures de Rabat, elle  s’envolera prochainement pour le Chili, encore pour une sculpture… Bon vent l’artiste… les semelles au vent !
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Ikram Kabbaj et le directeur du Musée, Abdelazia Elidrissi, mettent la main à la pâte !