ACTU & SOCIÉTÉ

Lalla Fatime est orpheline !

Publié le : 10/12/2018 - Sortir : Mohamed Ameskane


L’un des noms qui ont marqué son temps et la scène musicale nationale vient de tirer sa révérence à l’aube de ce matin du 10 décembre 2018. Hamid Zahir, le chanteur populaire qui urbanisa la Haouzi et célébra les mille et un noms des femmes est parti sur la pointe des pierds. Son nom restera gravé à jamais dans la mémoire de tout mélomane. Fredonnons ses refrains en guise de prières.



Il n’y a qu’une ville au monde qui peut produire un ovni comme Hamid Zahir. C’est dans les ruelles labyrinthiques de la médina de la citée ocre qu’il vit le jour. Apprenti boucher au départ, imprégné des rythmes, des chants et de l’humour (noukta), comme tout merrakchi qui se respecte, il se donne à la chanson. Avec un groupe d’amis, les Guiir, Al mahri, al arbi, Salem.., il fonde une troupe unique dont le répertoire s’inspire du « folklore » de la ville et de ses environs, notamment le genre Hawzi.

Au luth, accompagné de quatre garçons tapant des mains (al kaf) et de quatre filles choristes, ses refrains, populaires et légers, sont sur toutes les lèvres. Un de ces jours, il croise Ahmed Jabrane dans les studios de Ain Chok à Casablanca. Ce dernier venait de composer et d’enregistrer à Paris Lalla Fatima. En l’écoutant l’interpréter, l’équipe de Hamid l’accompagne en tapant des mains. En présence du directeur de la station d’alors Azeddine Guessous et du réalisateur Mohamed Ziani, Jabrane la lui offre pour l’adapter à sa manière. Après un mois de travail, le 45 tours sort à Casablanca. Et ce fut un succès phénoménal.

« Lalla Fatima, au nom de dieu un seul mot de toi

Je t’ai dis bonjour et tu ne m’a pas répondu

Peut-être que tu penses à quelqu’un d’autre

Tu n’as pas pensé à moi Je te supplie,

dis moi un seul mot

 Il refroidira le feu ardent qui me brûle »


« Lalla Fatima », un mot magique. Cette manière respectueuse de s’adresser à une femme est peut être à l’origine de son succès, sans oublier l’interprétation du maître et l’accompagnant d’une troupe plus qu’originale, avec son jeu, ses mimiques et ses gestes. Traversant les frontières, le refrain devient un tube au Maghreb et au Machrek. Au cours de l’un des voyages de Hassan II en Tunisie, une grande soirée fut organisée. Le grand Ahmed Bidaoui se présente, le luth à la main. Quelqu’un du public crie « Lalla Fatima », un deuxième le suit et c’est toute la salle qui demande au maître, qui avait une réticence a tout ce qui est populaire, de chanter le morceau de Hamid Zahir, Le comble du scandale.

Dans les pays du golf, où elle fut synonyme du Maroc et des Marocains, elle est chantée tous les soirs dans le palais d’un cheikh dont la cheikha s’appelle Fatima ! Flairant le filon, Hamid Zahir demande à ses amis auteurs ,dont Abdelhak Belfaida, de lui écrire sur « Souad », « Naima », « Zhirou », « Meryem», « Saadia » et « Aouicha », toutes des succès sinon des tubes. « Lalla Fatima », utilisée dans les spots publicitaires et les Sit Com, n’a pas prit la moindre ride.

Source : Mohamed Ameskane, 30 refrains de la mémoire, les tubes de la variété marocaine, sortie à l’occasion du premier festival de Benguerir, Awtar, 2009.