ACTU & SOCIÉTÉ

Vernissages à Rabat. Des Lettres et des Couleurs !

Publié le : 30/11/2018 - Sortir : Mohamed Ameskane


Avant le marathon du 3 décembre 2018, la fameuse nuit des galeries, on s’est entraîné le jeudi 29 novembre en assistant à trois vernissages  la même soirée : « Calligraphie arabe entre gestuel artistique et textualité monétaire » au Musée de Bank Al-Maghrib, « Encre et lumière » de Abdallah Akar à l’Institut Français et enfin « La continuité d’une touche » de Mustapha Yesfi à l’Espace Rivages de la Fondation Hassan II  pour les Marocains Résidant à l’Etranger. Déambulation !



De la calligraphie à la peinture !

L’idée est originale ! juxtaposer les lettres figurant sur les monnaies marocaines depuis les premières pièces connues avec les créations, d’inspiration calligraphiques, de cinq noms de la scène artistique nationale. En visitant le parcours, on navigue entre l’écriture monétique et les œuvres picturales. La source inspiratrice reste la même : la calligraphie et au delà le socle religieux sinon spirituel. Le Musée Bank Al-Maghrib possède la collection la plus aboutie de l’histoire de la monnaie marocaine. A scruter les pièces, à essayer de déchiffrer les symboles dont l’étoile de David, à lire les sourats, noms des Rois et autres formules identificatrices, on plonge dans l’histoire millénaire du Maroc. D’époque en époque, la création monétique évolue, l’écriture aussi. Le visiteur est englouti dans les méandres de la calligraphie arabe, un art hautement esthétique avec ses genres , règles et formes : naskhi, coufi, maghribi...

C’est dans ce même socle que les artistes invités ont puisé. Abdallah El Hariri est un vétéran, l’un des premiers qui a donné ses lettres de noblesse à la calligraphie intégrée à l’espace pictural. Ses dernières créations ont l’air de prendre de l’air. Le geste spontané et ô combien maîtrisé prédomine. Une palette chatoyante à voir et à revoir.
Chez Noureddine Daifallah, c’est l’esthétique qui prime. En ascète, il construit son monde au delà de tout référent ou idéologie. Et c’est beau.
Mohamed Boustane qui expose depuis les années 90, cultive son jardin avec raffinement. La critique d’art et fin connaisseuse de notre scène artistique,  Nicole de Pontcharra, note que «la calligraphie classique habite Mohamed Boustane, mais il a depuis longtemps pris ses distances avec elle, avide de donner toute liberté à son geste, à son corps, à libérer l’énergie de la pensée....». Larbi Cherkaoui est inqualifiable. Il puise dans la mémoire de la peau, son support sur lequel il trace ses gestuels à coup d’encre et de couleurs. Un univers personnel en dehors des classifications habituelles. Et enfin le plus jeune de la bande à cinq, Noureddine Chater. Ancien enseignant des arts plastiques, il  a pris sa retraite anticipée pour se consacrer à sa passion. Avec lui, la lettre disparaît pour laisser place à la graphie, au geste et l’interaction entre le textuel et le figural, l’idée et la forme. Ne dit-il pas que «Les lettres ne sont pas à lire. C’est simplement graphique»?

Calligraphie arabe entre gestuel artistique et textualité monétaire
Musée de bank Al-Maghrib, Rabat
Du 29 novembre 2018 au 31 mars 2019


Abdallah Akar, ses encres et ses lumières


Né en Tunisie, Abdallah Akar débarque à Paris dans les années soixante-dix. En 1980, il fait la connaissance du grand calligraphe irakien Ghani Alani. Depuis la passion de la lettre, de la poésie le hante. Enseignant, collaborateur, entre autre à l’Institut du Monde Arabe, il se trouve un havre de paix, son atelier, au Val d’Oise, dans la banlieue parisienne. C'est là qu’il confectionne ses créations pour notre grand plaisir. En 2000, il concocte une installation dont tout le en monde parle ! 16 toiles, en textile transparent, qu’il calligraphie de poèmes. Un vibrant hommage aux poètes préislamiques, les auteurs des fameuses et incontournables « Muallaq’at ». Le travail fut publié en 2007 aux éditions Alternatives à Paris sous l’intitulé « Poèmes suspendus (Muallaq’at) ».

Après l’Institut Français de Kenitra, Abdallah Akar nous invite à déguster sans modération ses œuvres étalées et suspendues dans l’enceinte du bel espace d’exposition de l’Institut Français de Rabat. A première vue on reçoit les œuvres avec éblouissement. On s’approche de l’une après l’autre et on s’oublie entre les formes calligraphiques, les tons et les noms des poètes que l’artiste convie : Mahmoud Darwich, Abu Al kacem Chabbi, Jorge Louis Borges, Nizar Kabani... Sans oublier les fameux dix poèmes suspendus. Mme Muriel Augry-Merlino qui l’a invité connaissant son œuvre note, « si vous souhaitez faire connaissance intime avec l’œuvre d’Abdallah Akar, acceptez d’être surpris. Acceptez de pénétrer dans un univers où les frontières sont estompées. S’agit-il de  calligraphies, de peintures, de dessins ? Mais a t-on besoin de placer nécessairement ces productions artistiques dans une catégorie bien précise ? »
L'exposition succède à celle de Mourabiti et ses amis poètes.
Admirons en silence !

Encre et lumière d’Abdallah Akar
Galerie de l’Institut Français de Rabat
Du jeudi 29 novembre 2018 au 10 janvier 2019


Mustapha Yesfi et la touche qui continue !


Et la couleur fut ! A débarquer, un peu tardivement, au vernissage de Mustapha Yesfi à l’Espace Rivages de la Fondation Hassan II pour les Marocains Résidant   à l’Etranger, on est subjugué par la couleur, les couleurs. L’ensemble illuminé par la veste de Saad Ben Cheffaj au ton couleur d’or ! L’une des grandes figures de la scène plastique nationale et grand connaisseur des peintres tétouanais et autres artistes du nord, témoigne : « Mustapha Yesfi, est le fils de la Méditerranée. Sa peinture est sans doute une peinture culte qui se pratique avec poésie. Riche, avec des couleurs qui  rappellent la peinture crétoise qui appartient à la civilisation Minoeca. Mustapha fait chanter les couleurs avec une sensibilité extrême qui nous fait vibrer ».

Mustapha Yesfi est natif de Tétouan, la fille de Grenade. Il étudie à son école des beaux arts avant de  s’envoler vers la Belgique poursuivre le cursus de l’Académie Royale des Beaux Arts de Bruxelles. Maîtrisant le savoir faire, il enseigne, expose et participe à de nombreuses manifestations culturelles au Maroc et ailleurs. Aujourd’hui, il dépose ses pinceaux en Espagne, en Andalousie. C’est dans cette ambiance de lumières, de couleurs des fêtes chrétiennes et flamencas et du bleu azur de la mère Méditerranée qu’il compose ses œuvres. Des œuvres transgressant les limites entre le figuratif et l'abstrait. La couleur, dans ses différentes nuances, coule sur la toile. Des couleurs chaudes et éblouissantes tels ses rouges sang et ses jaunes à la Van Gogh. En dessinateur maîtrisant la technique, il croque des corps, d’un trait, rendant à la toile ses équilibres. L’expérience de l’exil l’a  bien enrichi. Fatiha Amellouk, chargée du Pôle Art et communication, il confie dans un entretien publié dans le site culturel de la fondation, e-taqafa.ma, et dans la plaquette de l'exposition : «Effectivement, ma création et mon travail ont été influencés par ma résidence en Espagne notamment par l’ambiance et le milieu culturel de la ville de Grenade. Ma confrontation et le contact avec les artistes, les galeries d’art, les paysages et le soleil de la Méditerranée, le tout, l’émigration m’a encouragé à perfectionner ma création et ma touche de couleur. » que no ha visto granada no ha visto nada ! Bonne visite de l’exposition :

La continuité d’une touche à l’Espace Rivages
Fondation Hassan II pour les Marocains Résidant  à l'Etranger, Rabat
Du 29 novembre au 28 décembre 2018