ACTU & SOCIÉTÉ

Hanania Alain Amar : Si Rabat m’était contée…

Publié le : 01/08/2018 - Sortir : Mohamed Ameskane


Dans «  Une jeunesse juive au Maroc », Hanania Alain Amar nous ressuscite l’histoire de sa famille, un destin personnel dans la trame de l’histoire nationale.



Préfacé par l’écrivain judéo-algérien Daniel Cohen, le livre, sortie dans la collection Mémoires du  XX éme siècle chez l’Harmattan en 2001, est un vibrant hommage, entre mémoire et mémorial, au père perdu. Léon Amar est décédé à Paris en 1977. L’événement déclenche un fort besoin d’écrire pour ne pas oublier, pour réaliser le vœu du géniteur suite à un rêve, « Il prit un air mystérieux pour me confier ces mots : « Vois-tu, mon fils, je ne l’avais jamais dit à personne, mais je veux te le révéler à toi et toi seul, j’ai écrit un livre avant de mourir, le voici » et me tendit un volume broché, assez épais, dont la couverture mentionnait : « Léon Amar : Histoire de ma vie »… L’écriture comme véritable travail de deuil et, au long de 300 pages, la petite histoire rejoint la grande, la  saga familiale celle du Maroc et ses soubresauts au long du XXème siècle.
Ecrit par fragments, pendant un certain temps, le livre vacille entre mémoire, histoire, essai et fiction. De digressions en digressions, on voyage découvrant une infinité de personnages hauts en couleurs.

La smala Familiale
Le grand père paternel, Hanania, est né en 1860. Bijoutier-joaillier-orfèvre, ses parents, les Amar ou bâtisseurs,  sont originaires du sud, de la vallée de Darâa. Son expédition au Brésil en 1908, à la recherche de l’or et des pièces précieuses, reste l’un des fabuleux contes qu’on se raconte dans la famille de génération à génération. Sa femme, Aâlia, épousée en 1885, guérisseuse est issue de la famille des grands rabbins les Sabbah. Le couple, installé dans le Mellah de Rabat, rue Ben Bekaâ, à une multitude d’enfants dont Simha, Mayer, Aâlia, Rena, Hanna, Saâda et le papa de l’auteur, Hanania.

De large partie du livre sont consacrés au père. Né en 1901, après l’école talmudique pour apprendre les rudiments d’hébreu, Hanania fréquente l’école de l’alliance israélite qui vient d’être installée dans la capitale. Très jeune il se lance dans la vie active. Directeur financier pendant pas moins de 38 ans chez les fameux Moulins Baruk, il fait partie de cette génération de juifs marocains émancipé. Elégant, raffiné, cultivé, il se passionne pour l’opéra et la musique classique. L’auteur évoque la construction d’un immeuble en dehors du Mellah, les voyages à Tanger, Espagne et Paris. La funeste période Vichy, le racisme et l’antisémitisme. Il cite André Chouraki, histoire des juifs en Afrique du Nord, « on assiste rapidement au développement d’une élite intellectuelle juive marocaine. Il s’agit d’un véritable défi car une classe d’hommes nouveaux va naître passant sans transition de l’obscurantisme religieux et superstitieux à certains postes de haut niveau. ». La famille est libérale et éduque ses enfants dans l’ouverture et la tolérance. Si les fêtes religieuses sont respectées et fêtées dans la joie et la gourmandise, les Amar ne s’obligent pas à manger cacher et Gilou, la sœur ainée de l’écrivain, refuse le mariage traditionnel avec, entre autres, la cérémonie de henné.

La ville, les études, les amis, la fête
Après l’hommage à la famille, c’est la ville de Rabat qu’Alain Hanania Amar Célèbre. Il cite Abdallah Laroui et Kamal Lakhadar qui lui ont consacré de sublimes pages. « La ville de Rabat est blanche, propre, les immeubles sont beaux, en particulier ceux de la Banque du Maroc en monumentales pierres de taille, la Grande Poste, l’office chérifien des phosphates, les immeubles de l’avenue Mohammed V, avec leur arcades…. Quand je ferme les yeux, je parviens à déambuler sans peine dans ces larges avenues bordées de palmiers fiers et séculaires, je retrouve tous les lieux aimés de MON RABAT, les cigognes perchées sur le faîte des minarets, le chant du muezzin, les odeurs de ma ville, en particulier les longues soirées d’été parfumées par les belles de nuit ouvertes, le jasmin, les couleurs vives des marchés, des souks, les odeurs d’épices fortes, de cuir, de pâtisseries de Ramadan, des fleurs fraîchement coupées, des amoncellements de fruits et légumes… Je revois cette somptueuse vallée de Bou-Regreg encore sauvage et inhabitée… Il paraît que ce n’est plus le cas… » Par nostalgie, l’auteur évoque son adolescence, le Jour et Nuit, dar Salam, les cinémas Royal, Renaissance, Colisées, Zahoua… Les papèteries, librairie Belles Images, transformé dernièrement en agence RAM !
« Une jeunesse juive au Maroc » reste un livre de mémoire et nostalgie à lire pour retrouver le temps perdu, le destin d’une minorité nationale, qui hélas risque de disparaitre pour toujours.
Mohamed Ameskane, Challenge, septembre 2015)

Bio/biblio
Né à Rabat  en janvier 1947, docteur en médecine, ancien Interne des hôpitaux de Paris, psychiatre, psychothérapeute, ex-chef de service dans une unité ambulatoire à Lyon, expert-rapporteur à la Haute Autorité de Santé, ancien membre du CCPPRB (Comité de Protection des Personnes en Recherche Biomédicale), ancien expert DDASS et auprès du Procureur de la République (Valence puis Lyon), agréé par la préfecture du Rhône. Ancien membre du Bureau de l'AFP (Association Française de Psychiatrie). On lui doit   de nombreux articles dans la presse médicale et plusieurs livres dont, outre une jeunesse juive au Maroc, 2001, Le racisme, ténèbres des consciences 2005, Mémoires d’un psychiatre, 2006, Penser le nazisme, 2007,  Shalom, Salam, conversations sur le Maroc entre deux amis médecins, 2011.