ACTU & SOCIÉTÉ

Le libraire du point du jour

Publié le : 01/08/2018 - Sortir : Elisabeth Eschenlohr


Non bien sûr, j’exagère un peu, je ne vais pas acheter mes journaux dès potron-minet mais en allant au bureau à 8h00 : chaque matin, j’entre donc dans la librairie de la place Bourgogne …



De prime abord, l’endroit paraît un peu sombre, derrière le comptoir, on voit d’abord sa casquette : beige, impeccable et sous la casquette deux yeux bruns, vifs, malicieux, toujours en mouvement comme ceux d’un écureuil, un petit sourire malicieux et puis très vite fuse un « Bonjour Mademoiselle ! » de sa voix gouailleuse auquel bien sûr je ne manque de répondre par un non moins flatteur « Bonjour Jeune Homme ! » Entre tempes argentées (chibanis ?), on a le droit de plaisanter. C’est la première personne avec laquelle j’échange le matin excepté le bonjour-au-revoir au chauffeur de taxi de qui me dépose place Bourgogne et très vite dès qu’on hésite sur un journal ou une revue, les commentaires fusent : mais non, n’achète pas ça, il n’y a rien dedans et ça donc, c’est encore pire ! Et le voilà parti à commenter l’actualité avec verve, il a un humour décapant et pourfend la bêtise sous toutes ses formes. Il y en a peu qui en réchappent …

Il a dans sa boutique, tous les journaux et périodiques possibles et un formidable choix de livres : toutes les publications nouvelles sont là, marocaines, françaises et autres et dès qu’il manque celui qu’on cherche, ses fidèles vendeurs le commandent séance tenante.

Monsieur Brahim connait bien ses clients, et ne se trompe que très rarement quand il leur recommande un livre : 60 ans d’expérience au service d’une clientèle extrêmement variée, c’est irremplaçable. Il est attentif aux sujets qui les passionnent, il connaît leurs goûts, il s’intéresse à ce qu’ils font, si leur travail avance, s’ils sont contents, s’ils ont passé un bon week-end… Il ne se trompe que très rarement en effet et je suis sûre que les ordinateurs les plus performants sont certainement rapides que lui pour trier les données individuelles dans la seconde où un client passe le seuil de sa boutique et Dieu sait si en 60 ans d’expérience il en a vu passer des clients : pressés, aimables, grincheux, tête-en l’air,
amnésiques, pingres, compulsifs…

Je crois avoir percé son secret : il aime ses clients et ses clients le lui rendent bien.
Merci d’être là de si bon matin…