ACTU & SOCIÉTÉ

Festival National d’Ahidous à Ain Leuh

Publié le : 01/08/2018 - Sortir : Mohamed Ameskane


Ahidous, Ahwach, Tiskiouin, Abidat R’ma, Houwara… Le Maroc possède une infinité de chants et danses immémoriales qui, hélas, risquent la disparition un de ces jours ! De-là l’importance et l’urgence d’instaurer des rencontres-festivals pour les réhabiliter, les sauvegarder pour la mémoire…du futur.



Du 28 au 30 juillet, la petite localité de Aïn Leuh accueillait la 18 éme édition de sa rencontre annuelle dédiée à la danse chantée, Ahidous. Initiée par l’Association Taymat des Arts de l’Atlas, épaulée par le ministère de la culture, la manifestation ne cesse de prendre de l’ampleur et nécessite plus de moyens et de nouvelles conceptions artistiques pour la mettre plus en valeur.

A l’instar des autres formes dites « folkloriques », avec l’émigration vers les villes, la floraison des nouveaux moyens de communications, le nivellement planétaire des goûts… Ahidous risquait la disparition. Les composantes tribales sont disloquées, les jeunes regardent ailleurs… ! Il a fallut la passion des mordus, de quelques intellectuels Amazighs, les initiatives de la société civile via le nombre d’associations qui ne cessent de se créer, le soutien du ministère de la culture… pour mettre en place des rencontres festivals un peu partout sur le territoire du royaume afin de sauvegarder plus qu’un patrimoine, la mémoire composite et multiple d’un peuple. Il était temps pour que la Ayta à Safi, Ahwach à Ouarzazate, Abidat R’Ma à khouribgua… et Ahidous à Aïn Leuh nous donnent à voir l’époustouflante richesse d’un patrimoine immatériel unique au monde.

Des initiatives ont suivi tels les anthologies, les demandes auprès de l’UNESCO pour les classer patrimoine universel… A propos des anthologies, comment ne pas saluer celle de la Ayta, concoctée toput récemment par Brahim Mazned, un Amazigh, celle, en vidéo, consacrée aux musiques Amazighes réalisées par la tangéroise Farida Belyazid ? Ces multiples formes n’appartienne plus à une tribu, à une langue, mais au Maroc sinon au patrimoine universel.

Une fête de proximité
D’après les organisateurs, ils avaient du mal à réunir un certain nombre de troupes pour les premières éditions. Au fur et à mesure des cuvées, des associations furent crées, les groupes ne cessent de pulluler, les jeunes de s’initier à cet art. Pour la 18 éme édition, elles étaient de 43, sélectionnées parmi une centaine ! Ça ne veut pas dire que c’est les meilleures qui furent retenues, mais pour des raisons logistiques et de moyens, il fallait faire un choix représentatif de toutes les régions et de   toutes les formes d’Ahidous.
Au long de trois mémorables journées, un public passionnant et passionné  à fait le voyage de Ain Leuh. En provenance de la localité, des tribus environnantes, des villes proches et lointaines, ils sont venu partager les chants, les rythmes   des Ahidous de  Sefrou, Mriret, Khemisset, Ifrane, Figuig, Boulmane, Elhajeb, Beni mellal, Taza, Khenifra, Midelt, Guersif, Metmata, Tinghir, Meknès et Fès ! Et oui une troupe est venue du centre urbain de la cité sacrée de Moulay Driss ! A partir de 19h, chaque soir, la scène dressée sur le terrain de foot de Ain Leuh, terrain qui n’a de terrain de foot que le nom, sans tribune, sans gazon.., un ancien souk,  invite  le large public à suivre les performances d’hommes, de femmes et de jeunes prodiges. Des chants et des rythmes que nous renvoyaient l’écho des montagnes environnantes. Tout autour de la scène  sont dressés, dans la pure tradition des anciens, les fameuses tentes caidales. Et le spectacle est à la fois sur la scène, dans les tentes et tout aux alentours et sur les hauteurs environnantes.  Des Ahidous, Tahidoust, El Hit… sont ainsi improvisés et célébrés jusqu’à une heure tardive de la nuit. Un vrai festival de proximité sans protocole et autres zèle sécuritaire. Une ambiance festive incomparable qu’on retrouve rarement ailleurs.

Un débat incontournable
A chaque édition, des tables- rondes conviviales  sont organisées. Deux thèmes autour de la poésie Amazighe et la sauvegarde d’Ahidous, en tant que patrimoine immatériel, furent débattus par des spécialistes et un public connaisseur. Les interventions ont été entrecoupés d’intermèdes musicaux plus intimes que sur la scène. Et les verres de thé, les gâteaux qui circulaient comme dans le beau vieux temps des Diafas ancestrales Amazighes.
Vivement la prochaine édition !