Portrait

Romain Sabah

Publié le : 14/08/2015 - Sortir


Passionné par l’art et la culture urbaine, Romain est diplomé en commerce et expertise de l’art. Il est Chargé des relations institutionnelles de Print Them All, maison d’édition proposant des éditions lithographiques des artistes les plus en vogue dans le domaine de l’Art Contemporain Urbain et nouvellement directeur de la société Nineteen Sixty basée à Paris.
Impatient de lui demander ce qu'il pense de l'art au Maroc, nous avons pris contact avec lui à Paris, où il vit et travaille.



Qui est Romain Sabah ?
Je suis un jeune entrepreneur fraîchement diplômé en marché de l’art et expertise à l’IESA Paris. J’ai commencé mon parcours chez Maquis-art
(filiale art urbain de la maison de vente Cornette de Saint-Cyr) puis j’ai collaboré avec la maison d’édition Print Them All avant de monter ma propre société de conseil en investissement, spécialisée en art contemporain. Désireux de faire partager ma passion pour l’art urbain, je me joins au projet de commissariat d’exposition d’art urbain, à l’invitation de mon ami et partenaire Commissaire Directeur Général : Nicolas Couturieux, afin d’apporter mon expertise scientifique mais surtout de faire découvrir ma passion à un pays comme le Maroc.

Comment est née l’idée d’une collaboration avec le MMVI ?
La collaboration est née de la Fondation nationale des musées, en effet celle-ci devait coupler le festival Jidar avec une exposition muséale à dimension internationale. Nous avons donc été choisis car nous étions les seuls en mesure de proposer une exposition avec une diversité d’artistes venant du monde entier tout en restant dans le budget qui nous était imparti.

Pourquoi l’art de la rue ?
L’art de la rue, parce que c’est un art populaire dans lequel on se retrouve. L’émotion plastique qui en découle est plus liée aux affects que dans les autres arts. Mais aujourd’hui les artistes de la rue ont justement évolué comme le témoigne par exemple le travail de Thomas Canto en fin d’exposition. L’évolution artistique correspond tout autant à celle des mentalités : un art à l’époque considéré comme vulgaire car populaire et aujourd’hui prisé par les plus grands collectionneurs. Même les maisons de vente les plus prestigieuses en ont fait un département à part entière.
L’art de la rue a aussi et surtout été au cœur de cette exposition par la demande de SM Mohammed VI à Mehdi Qotbi, Président de la FNM. Il voulait créer un événement marquant s’adressant à la jeunesse marocaine. Nous avons répondu favorablement, avec pour objectif la diffusion de notre passion, notre seul guide : l’accès à la culture pour les jeunes du royaume.

Quel est l’objectif de cette exposition et comment avez-vous choisi les artistes exposés ?
L’objectif de cette exposition est de faire un état des lieux, non pas dans une dimension historique mais bien dans sa dimension actuelle. Elle permet d’expliquer aux visiteurs que l’art urbain n’est pas que de la bombe, ou ''graff''. Elle met en exergue la diversité des techniques à travers des grands noms tels que Case Maclaim, C215. Mais aussi les choix des sujets comme pour Miss Van dont ses pin-up ont fait d’elle une des figures majeures de l’art urbain dans le monde. L’exposition commence par Tilt avec ses flops tout droits issus du graffiti et finit par Canto qui a su évoluer jusqu’à l’art contemporain tourné vers l’optique et le cinétique.
L’exposition telle qu’elle est présentée se veut didactique et c’est pour quoi y figurent Maya Hayuk et sa dynamique de couleurs ainsi que Kan du groupe DMV avec son ''street-pointillisme''. N’oublions pas l’œuvre pour le moins surprenante de DALeast, qui signe en avant première un tournant dans son travail et qui inaugure une nouvelle vague dans sa production et son orientation. Simo Mouhim, un graphiste-designer faisant du street-art avec des allégories qui jette une passerelle entre le design et l’art urbain. Le choix des artistes s’est donc fait essentiellement par rapport à la diversité de leurs travaux. Les jeunes artistes sont alors confrontés à des street-artistes internationalement connus et reconnus. Leurs œuvres figurent sur les murs du monde entier et ce courant de l’art urbain faisait cruellement défaut aux musées.
Par ailleurs je me dois de préciser que l’exposition semble présenter certains manques. En effet, nous avons été contraints à cause du budget à retirer certaines œuvres phares de notre sélection initiale. Le musée est jeune, les équipes ne sont pas encore habituées à toute les questions de logistique que nous avons du gérer en donnant des explications plus détaillées. Mais, Rome ne s’est pas faite en un jour ! Cette expérience reste fort enrichissante, et c’est pour ca que je tiens à remercier tout particulièrement Tilt et Thomas Canto, artistes chargés de la scénographie, pour leur investissement et leur capacité à gérer et à régler les problèmes que nous avons rencontrés avant l’ouverture de l’exposition ainsi que Nicolas Couturieux, commissaire général et toutes les équipes présentes sur place qui se sont mobilisées afin que cette exposition ait lieu dans les meilleures conditions possibles.

Avec qui aimeriez vous travailler pour de futurs projets au Maroc ?
Le Maroc est un pays complètement ouvert à toute sorte d’art. J’espère pouvoir continuer longtemps à travailler avec ce beau pays. D’ailleurs, de nouveaux projets se profilent pour les années à venir. Il faut continuer à développer au plus haut point la culture dans ce pays qui évolue à toute vitesse / Il est important de préserver et de faire de la culture une question primordiale afin de continuer à la développer dans ce pays en constante évolution. Les habitants du royaume ont soif de culture et de projets novateurs. En ce sens, je salue l’initiative et l’énergie de M. Medhi Qotbi, sans qui notre exposition et celles qui ont fait briller le Maroc à l’international n’auraient pas pu exister.

In fine, quelle est l’image que vous gardez de Rabat et du Maroc ?
J'ai beaucoup aimé Rabat, sûrement la ville qui m'a le plus marqué durant ce voyage au Maroc. D'abord car elle nous a accueilli à bras ouvert, la population a été d'une gentillesse et d'une bienveillance inouïe mais aussi et surtout car il y règne une ambiance, une atmosphère particulière qu'on ne saurait retrouvé ailleurs. Sans parler de l'architecture, de la Médina, du palais royal, des monuments etc. qui font la richesse de cette ville, pour notre plaisir et celui des artistes ayant séjourné sur place.
Le Maroc est un pays ouvert et désireux d’apprendre. Qui a, de plus, un fort potentiel culturel, sans parler de la jeune création artistique comme par exemple Simo Mouhim, véritable révélation pour nous tous. Il a su toucher d’autres artistes et notamment C215 qui compte entreprendre plusieurs projets avec lui.
Par ailleurs, je note que ce beau pays regorge de personnes motivées et porteuses de projets d’avenir. Pour contrebalancer, il me semble que certains problèmes d’organisation et de réticence persistent au sein des grandes institutions, compliquant les choses.